À Niort, l’automobile prend le dessus sur le transport en commun pour les déplacements domicile-travail

En bref:

  • Malgré la gratuité des bus à Niort, la voiture reste le moyen de transport principal pour les trajets domicile-travail.
  • L’utilisation des bus a augmenté de manière modeste, tandis que l’utilisation de la voiture a progressé de manière plus significative.
  • La nécessité de proposer des alternatives rapides, fiables et confortables aux bus gratuits est soulignée pour attirer davantage d’usagers.

Les chiffres de l’Insee révèlent une tendance surprenante

Malgré la gratuité des bus dans l’agglomération de Niort, la voiture continue de dominer les déplacements entre domicile et travail. C’est ce que révèle un récent recensement de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), des chiffres qui vont à l’encontre de ce que l’on pourrait attendre compte tenu de la politique de gratuité des transports en commun mise en place dans la ville.

En effet, l’Insee a constaté que la voiture gagne du terrain, plus que les bus ou les deux-roues, et cela se fait au détriment de la marche. Une tendance paradoxale, qui cache une réalité complexe et révèle la difficulté de détourner les usagers de leur véhicule personnel.

L’impact de la gratuité des bus sur leur fréquentation

Si l’on observe de plus près les chiffres, on constate que l’utilisation des bus a augmenté de 8,14 % en six ans. Cependant, cette hausse reste relativement modeste, passant de 4,53 % des déplacements domicile-travail à 4,73 %. En revanche, la progression de l’utilisation de la voiture, bien que plus faible en proportion (+4,12 %), est en réalité plus significative. De 81,72 % en 2014, on est passé à 82,19 % en 2020 pour les trajets domicile-travail. En d’autres termes, et malgré la gratuité des bus instaurée en 2017, le nombre d’automobilistes a augmenté deux fois plus que celui des passagers de bus en cinq ans dans le Niortais.

Une comparaison avec d’autres agglomérations

Si l’on compare Niort à d’autres collectivités voisines, on constate que la part des transports en commun pour les déplacements domicile-travail y est plus faible. À La Rochelle, par exemple, 74 % des personnes utilisent la voiture et 7 % les transports en commun pour se rendre au travail. À Poitiers, ces chiffres sont respectivement de 77 % et 9 %, tandis qu’à Angoulême, ils atteignent 83 % et 6 %. Il convient toutefois de noter que Niort est la seule agglomération parmi celles-ci à avoir vu la proportion d’utilisateurs de transports en commun augmenter. À Châteauroux, où les bus sont également gratuits, 5,42 % des personnes les utilisent pour se rendre au travail.

Les enjeux environnementaux des déplacements domicile-travail

Les trajets domicile-travail ont un impact environnemental non négligeable. Ils représentent 20 % de l’ensemble des trajets, et même 30 % si l’on inclut les déplacements effectués dans le cadre du travail. Cela représente 15 % des émissions de gaz à effet de serre liées au transport, selon Pierre Taillant, économiste-ingénieur au service mobilité de l’Ademe, l’Agence de l’environnement et la maîtrise de l’énergie. Or, la plupart de ces trajets sont relativement courts : la moitié fait moins de 10 km, et 35 % moins de 5 km. Ils pourraient donc être effectués autrement qu’en voiture.

La voiture électrique, une solution à court terme ?

Pourtant, passer à la voiture électrique ne résoudrait pas complètement le problème, estime Pierre Taillant. En effet, une petite voiture électrique devient intéressante en termes d’empreinte carbone par rapport à une voiture thermique seulement à partir de 15.000 km, et 100.000 km si c’est une grosse voiture électrique. Par ailleurs, il faut prendre en compte les émissions liées au freinage et aux pneus, qui sont légèrement meilleures dans le cas des voitures électriques, mais qui représentent environ 30 % des particules émises par les véhicules.

Comment expliquer le manque d’attrait des bus gratuits ?

La question se pose alors : pourquoi les bus gratuits n’ont-ils pas réussi à attirer davantage de personnes pour se rendre au travail à Niort ? Selon Pierre Taillant, la réponse réside dans la nécessité de proposer des alternatives à la voiture qui soient rapides, fiables et confortables. Si un bus circule toutes les dix minutes et offre un service de Wifi, l’usager pourrait être tenté de l’emprunter. Cependant, cela nécessite des investissements importants. De plus, la voiture est souvent perçue comme un moyen de transport qui ne coûte rien, ce qui est loin d’être le cas.

En somme, la difficulté actuelle réside dans le fait que la politique de transport est davantage basée sur l’incitation que sur la contrainte. Une approche qui, à Niort, semble encore insuffisante pour détourner les usagers de leur voiture.

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