En bref:
- Le leasing social pour voitures électriques rencontre des difficultés majeures en raison des retards de remboursement de l’État aux concessionnaires.
- La dette colossale accumulée par l’État asphyxie les concessionnaires, menaçant la pérennité du marché automobile français.
- Une fronde des concessionnaires s’organise, certains refusant de livrer les véhicules commandés dans le cadre du leasing social.
Alors que la transition vers les véhicules électriques est devenue une priorité nationale, le dispositif de leasing social lancé par le gouvernement en début d’année pour faciliter l’accès à la mobilité durable se heurte à des difficultés majeures. Les retards de remboursement de l'État aux concessionnaires ont engendré une crise financière qui menace désormais la pérennité du marché automobile français.
Un succès foudroyant, une gestion défaillante
Dès son lancement le 1er janvier 2024, le leasing social a rencontré un engouement sans précédent auprès des ménages modestes. En proposant des loyers mensuels attractifs, compris entre 100 et 150 euros, pour la location de véhicules électriques neufs, ce dispositif a permis de démocratiser l’accès à une mobilité plus respectueuse de l’environnement.
Cependant, ce succès fulgurant a rapidement dépassé les prévisions initiales du gouvernement. Alors que celui-ci tablait sur 20 000 à 25 000 dossiers validés pour l’année 2024, plus de 50 000 commandes ont été enregistrées en seulement six semaines, épuisant ainsi le quota alloué.
Cette affluence massive s’explique notamment par les conditions d’éligibilité généreuses du leasing social. Pour y prétendre, les ménages devaient simplement justifier d’un revenu fiscal de référence par part inférieur ou égal à 15 400 euros, ainsi que d’un trajet domicile-travail supérieur à 15 kilomètres.
Face à cette demande fulgurante, le gouvernement a dû suspendre le dispositif dès le 15 février 2024, promettant une nouvelle vague de commandes pour l’année 2025. Toutefois, cette décision soulève de nombreuses interrogations quant à la gestion administrative du leasing social.
Une dette colossale qui asphyxie les concessionnaires
Au cœur de cette crise se trouve un problème majeur : le retard accumulé par l’État dans le remboursement des avances versées par les concessionnaires pour chaque dossier de leasing social. En effet, pour bénéficier de l’aide publique de 13 000 euros par véhicule, les distributeurs automobiles ont dû débourser ces sommes en amont, dans l’attente d’être remboursés par l’Agence de services et de paiement (ASP).
Selon les dernières estimations du syndicat Mobilians, cette dette atteindrait désormais 320 millions d’euros, soit plus du triple des 100 millions d’euros initialement évoqués. Une situation financière intenable pour de nombreux concessionnaires, contraints de recourir à des emprunts pour assurer leur trésorerie.
Xavier Horent, délégué général de Mobilians, n’a pas manqué d’alerter le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, sur l’urgence de la situation. Dans une lettre cinglante, il dénonce l’incapacité de l’administration à suivre le rythme des commandes, menaçant ainsi la survie de certaines entreprises.
Une fronde des concessionnaires qui s’organise
Face à cette crise sans précédent, la colère gronde chez les concessionnaires. Certains ont d’ores et déjà annoncé leur intention de ne plus livrer les véhicules électriques commandés dans le cadre du leasing social, tant que les remboursements ne seront pas effectués.
D’autres, comme Fabrice Picard, directeur d’une concession, envisagent même une "grève des paiements" généralisée, refusant de s’acquitter des charges salariales, des charges sociales et de la TVA. Une situation explosive qui pourrait paralyser une partie du secteur automobile français.
Le groupe Stellantis, dont les marques Peugeot, Citroën et Opel représentent 70% des commandes de leasing social, est particulièrement touché par cette crise. Certains analystes redoutent que cette situation ne fragilise durablement la position du constructeur sur le marché des véhicules électriques.
Un avenir incertain pour le leasing social
Malgré les promesses d’une réouverture de la plateforme d’enregistrement des dossiers pour le 30 mai 2024, l’avenir du leasing social reste incertain. Même si cette échéance est respectée, les concessionnaires devront encore patienter plusieurs semaines avant de percevoir les remboursements tant attendus.
Cette crise soulève également des interrogations sur la pérennité du dispositif à long terme. Certains experts s’inquiètent des conséquences potentielles d’une arrivée massive de véhicules d’occasion sur le marché à l’issue des contrats de leasing, ainsi que des coûts de remise en état qui pourraient être répercutés sur les consommateurs.
D’autres voix s’élèvent pour remettre en cause le bien-fondé même du leasing social, estimant qu’il constitue un cadeau démesuré aux constructeurs automobiles, sans réelle incitation à l’optimisation des coûts de production.
Quoi qu’il en soit, cette crise aura permis de mettre en lumière les défaillances de l’État dans la gestion de ses propres dispositifs d’aide à la transition écologique. Il appartient désormais aux autorités de prendre les mesures nécessaires pour restaurer la confiance des acteurs du marché et assurer la pérennité d’une politique ambitieuse en faveur des véhicules électriques.