En bref:
- La transition vers l’électrique menace 40 000 emplois dans l’industrie des équipementiers automobiles en France, avec des fermetures d’usines et des pertes d’emplois significatives.
- Malgré ces défis, de nouvelles opportunités émergent dans des secteurs comme la production de batteries et l’électronique de puissance, pouvant générer jusqu’à 35 000 emplois d’ici 2035.
- Le soutien gouvernemental et la nécessité de maintenir les compétences sur le territoire sont cruciaux pour accompagner cette transformation et préserver la souveraineté industrielle.
Dans un contexte de mutation profonde du secteur automobile, les équipementiers français font face à des défis sans précédent. La transition vers l’électrique, accélérée par les objectifs environnementaux et les réglementations européennes, redessine le paysage industriel. Entre fermetures d’usines et reconversions, le secteur traverse une période charnière qui soulève de nombreuses inquiétudes, mais ouvre également la voie à de nouvelles perspectives.
Un secteur en pleine tourmente
Des chiffres alarmants
L’industrie des équipementiers automobiles en France traverse une période particulièrement difficile. Selon les dernières estimations de la Direction Générale des Entreprises (DGE), pas moins de 40 000 emplois sur les 330 000 que compte le secteur sont actuellement menacés. Cette situation préoccupante s’inscrit dans un contexte plus large de crise à l’échelle européenne. Entre 2020 et 2023, la filière a déjà perdu 86 000 emplois sur le continent, et les prévisions pour 2024 ne sont guère plus optimistes avec 32 000 suppressions de postes supplémentaires annoncées pour le premier semestre.
Des fermetures en cascade
Les exemples concrets de cette crise ne manquent pas. L’année 2024 a été marquée par plusieurs annonces dramatiques :
- Valeo, l’un des fleurons français du secteur, a déclaré en juillet chercher des repreneurs pour trois de ses sites, mettant en péril près de 1 000 emplois.
- L’usine strasbourgeoise Dumarey Powerglide, spécialisée dans la fabrication de boîtes de vitesses, a vu ses commandes stoppées par l’équipementier allemand ZF, entraînant le départ de près de la moitié de ses 591 salariés.
- MA France, une usine francilienne d’emboutissage employant 280 personnes, a été placée en liquidation judiciaire au printemps.
- La dernière usine française de jantes en aluminium, Impériales Wheels, a fermé ses portes en juin, laissant 176 salariés en quête de reclassement.
Ces fermetures ne sont que la partie émergée de l’iceberg. De nombreuses autres entreprises du secteur luttent pour leur survie, comme en témoigne le placement en procédure de sauvegarde des deux usines ardennaises de Walor, spécialisées dans la fabrication de bielles.
Les causes profondes de la crise
L’électrification, un virage brutal
La transition vers les véhicules électriques est sans conteste le principal facteur de bouleversement. Cette mutation technologique rend obsolètes de nombreux composants traditionnels, comme les systèmes d’échappement ou certaines pièces de moteurs thermiques. Les équipementiers spécialisés dans ces domaines se retrouvent donc confrontés à une baisse drastique de la demande.
Un marché en berne
La production automobile européenne peine à retrouver son niveau d’avant la pandémie de Covid-19. Alors qu’elle atteignait 20 millions de véhicules avant la crise sanitaire, elle plafonne désormais à 16 millions d’unités. Cette contraction du marché affecte directement les équipementiers, qui voient leurs volumes de commandes diminuer.
Une concurrence internationale accrue
Face à ces défis, les constructeurs automobiles intensifient la pression sur leurs fournisseurs pour réduire les coûts. Cette situation pousse certains équipementiers à délocaliser leur production vers des pays à moindre coût de main-d’œuvre, aggravant ainsi la situation de l’emploi en France.
Les stratégies d’adaptation
La reconversion vers l’électrique
Malgré les difficultés, certains équipementiers parviennent à se réinventer. La transition vers l’électrique ouvre de nouvelles opportunités dans des domaines tels que :
- La production de batteries
- Les systèmes de gestion thermique
- L’électronique de puissance
- Les moteurs électriques
Selon les estimations de la DGE, ces nouveaux secteurs pourraient générer jusqu’à 35 000 emplois d’ici 2035, compensant partiellement les pertes dans les activités traditionnelles.
L’innovation comme moteur de croissance
Pour rester compétitifs, les équipementiers misent sur l’innovation. Des domaines comme l’allègement des matériaux, les aides à la conduite ou encore les systèmes d’information embarqués offrent des perspectives prometteuses. Ces nouvelles technologies requièrent des compétences pointues, ce qui pousse les entreprises à investir massivement dans la formation et le recrutement de profils spécialisés.
Le soutien gouvernemental
Face à l’ampleur des défis, le gouvernement français a annoncé plusieurs mesures de soutien à la filière. Parmi elles :
- Des incitations fiscales pour encourager le verdissement des flottes d’entreprises
- Une nouvelle édition du leasing social pour les véhicules électriques
- Un possible assouplissement du malus automobile pour les véhicules thermiques
Ces mesures visent à stimuler la demande et à soutenir la production nationale, mais leur efficacité reste à démontrer face à l’ampleur des mutations en cours.
Les enjeux pour l’avenir
Maintenir les compétences sur le territoire
L’un des principaux défis pour la France est de conserver sur son sol les compétences clés de l’industrie automobile. La perte de savoir-faire dans certains domaines pourrait s’avérer irréversible et compromettre la capacité du pays à rester un acteur majeur de l’industrie automobile mondiale.
Accompagner la transition des salariés
La reconversion des employés dont les postes sont menacés est un enjeu crucial. Des programmes de formation ambitieux doivent être mis en place pour permettre aux salariés d’acquérir les compétences nécessaires aux nouveaux métiers de l’automobile électrique.
Repenser la chaîne de valeur
La transition vers l’électrique impose une refonte complète de la chaîne de valeur automobile. Les équipementiers doivent repenser leurs modèles économiques et leurs partenariats pour s’adapter à cette nouvelle donne. Cela implique souvent des investissements colossaux, que toutes les entreprises ne sont pas en mesure de réaliser.
L’enjeu de la souveraineté industrielle
Face à la montée en puissance des constructeurs chinois sur le marché de l’électrique, la question de la souveraineté industrielle se pose avec acuité. La France et l’Europe doivent trouver un équilibre délicat entre ouverture à la concurrence internationale et protection de leurs industries stratégiques.
La transition vers l’électrique représente un défi majeur pour les équipementiers automobiles français. Si les pertes d’emplois dans les activités traditionnelles semblent inévitables à court terme, l’émergence de nouveaux métiers liés à l’électromobilité offre des perspectives de rebond. L’avenir du secteur dépendra de la capacité des entreprises à s’adapter rapidement, mais aussi de l’efficacité des politiques publiques pour accompagner cette mutation profonde de l’industrie automobile.