Les zones à faibles émissions (ZFE) : véritable enjeu ou simple épouvantail pour les automobilistes français ?

En bref:

  • Les zones à faibles émissions (ZFE) limitent l’accès des véhicules en fonction de leur niveau de pollution, mais le gouvernement abandonne l’idée d’étendre le dispositif à toutes les villes de plus de 150 000 habitants d’ici 2025.
  • Malgré les restrictions, peu de conducteurs se tournent vers l’achat de véhicules électriques d’occasion.
  • Les comportements d’achat varient en fonction des villes, avec des exceptions notables à Saint-Etienne et Rouen.

Une politique de restriction de circulation contestée

Depuis leur introduction il y a quelques années, les zones à faibles émissions (ZFE) ont suscité de nombreuses controverses en France. Initialement mises en place à Paris et par la suite dans d’autres grandes villes, ces zones limitent l’accès aux véhicules en fonction de leur niveau de pollution, évalué par la vignette Crit’Air. Les véhicules jugés trop anciens ou trop polluants sont alors interdits de circulation dans ces zones. Cependant, face à une vive opposition, le gouvernement a décidé de revoir sa copie et abandonne l’idée d’étendre le dispositif à toutes les villes de plus de 150 000 habitants d’ici 2025.

Impact de la ZFE sur le marché automobile

La question qui se pose est de savoir si cette politique a réellement influencé le comportement des automobilistes, notamment en termes d’achats de véhicules. Selon une étude récente de AAA Data, les résultats sont mitigés. En effet, malgré les restrictions, peu de conducteurs se sont tournés vers l’achat d’un véhicule électrique d’occasion. En effet, seulement 1% des ventes de l’année en cours concernent des véhicules porteurs de la vignette Crit’Air verte.

Un choix surprenant de vignettes Crit’Air

Curieusement, les vignettes Crit’Air 2 et 3, qui devraient être progressivement interdites dans les prochaines années, ont représenté respectivement 36% et 22% des ventes. Parallèlement, les véhicules classés Crit’Air 1, permettant de circuler plus librement, ont vu leurs ventes augmenter tant à Paris qu’en Province. Malheureusement, l’électrique peine à décoller mais l’arrivée future de nouveaux modèles sur le marché pourrait changer la donne.

Une adaptation variable des comportements d’achat en fonction des villes

L’étude de AAA Data met également en lumière des comportements d’achat variables en fonction des villes. Par exemple, seuls 3% des acheteurs de Reims, Strasbourg, Lyon, Toulouse, Montpellier ou Grenoble ont opté pour un véhicule électrique en ce début d’année 2023. C’est bien moins que la moyenne nationale qui se situe autour de 15%.

Des exceptions notables : Saint-Etienne et Rouen

Cependant, il existe des exceptions notables dans ce paysage. Les métropoles de Saint-Etienne et de Rouen se distinguent en effet par un comportement d’achat plus respectueux de l’environnement. À Rouen, les modèles Crit’Air ont représenté 73% des achats de janvier à mai. À Saint-Etienne, malgré une ZFE qui n’interdit la circulation qu’aux poids lourds et utilitaires légers les plus anciens, 80% des acheteurs ont choisi des modèles Crit’Air 0 ou 1.

Un impact réel mais encore limité

Au final, l’impact des ZFE sur le marché automobile est réel mais reste limité. Les achats de véhicules électriques ont certes augmenté de 2 à 5% entre 2020 et les cinq premiers mois de 2023, mais cette progression reste faible. Les véhicules d’occasion Crit’Air 1 ont vu leurs ventes passer de 40% à 51% sur la même période. Cependant, face aux pénuries actuelles et aux délais de livraison allongés pour les véhicules neufs, les acheteurs se repositionnent sur des modèles d’occasion peu kilométrés, qui deviennent de plus en plus rares.

Un retour aux véhicules plus anciens et aux diesels

Paradoxalement, les Français semblent de plus en plus se tourner vers des voitures plus anciennes ou des véhicules diesel, en dépit des restrictions de circulation. La situation économique actuelle, marquée par une inflation croissante, n’est sans doute pas étrangère à cette tendance.

En conclusion

Les zones à faibles émissions, bien que controversées, ont donc un impact certain sur le comportement des automobilistes. Cependant, cet impact reste pour l’instant limité et ne suffit pas à provoquer un basculement massif vers des véhicules moins polluants. Il reste à espérer que l’arrivée de nouveaux modèles électriques sur le marché de l’occasion viendra renforcer cette tendance dans les années à venir.

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