En bref:
- L’ouragan Milton met en lumière les risques d’incendie liés aux véhicules électriques submergés par l’eau salée, en raison de réactions chimiques dans les batteries lithium-ion.
- Des mesures préventives, telles que le stationnement en hauteur et la réduction de la charge de la batterie, sont recommandées pour minimiser les dangers.
- La situation souligne la nécessité d’adapter les normes de sécurité et les pratiques de gestion des catastrophes face à l’essor de l’électromobilité.
Alors que l’ouragan Milton s’apprête à frapper les côtes de Floride, une préoccupation inattendue émerge : la sécurité des véhicules électriques face aux inondations d’eau salée. Cet événement météorologique extrême soulève des questions cruciales sur la résilience de nos technologies de transport face aux aléas climatiques, et met en évidence la nécessité d’adapter nos pratiques à l’ère de l’électromobilité.
Un risque d’incendie accru pour les batteries lithium-ion
Les autorités floridiennes ont lancé l’alerte : les véhicules électriques submergés par l’eau de mer lors du passage de l’ouragan Milton pourraient se transformer en véritables "bombes à retardement". Cette mise en garde fait suite aux incidents survenus lors de précédents ouragans, notamment Helene, où des dizaines de feux de batteries ont été recensés.
Le danger provient de la réaction chimique qui se produit lorsque l’eau salée, hautement conductrice, entre en contact avec les composants électriques des batteries lithium-ion. Jimmy Patronis, responsable des services financiers de l’État de Floride, a confirmé pas moins de 48 incendies liés à ces batteries suite à l’ouragan Helene, dont 11 impliquaient directement des véhicules électriques.
Un phénomène de "court-circuit" redoutable
L’explication scientifique de ce phénomène réside dans la capacité de l’eau salée à créer un pont conducteur entre les bornes positive et négative de la batterie. Tom Barth, expert de la National Transportation Safety Board, précise : "Le problème survient lorsque les batteries sont immergées dans l’eau stagnante. C’est à ce moment-là que l’eau commence à surmonter les joints d’étanchéité de la batterie."
Ce court-circuit peut alors déclencher une réaction en chaîne appelée "emballement thermique". La chaleur générée par le court-circuit initial provoque la décomposition des matériaux internes de la batterie, libérant des gaz inflammables et augmentant encore la température. Ce cercle vicieux peut aboutir à un incendie violent et difficile à maîtriser.
Des mesures préventives essentielles
Face à cette menace, les autorités et les constructeurs automobiles ont émis plusieurs recommandations cruciales :
- Relocalisation préventive : Les propriétaires de véhicules électriques sont vivement encouragés à déplacer leurs véhicules vers des zones surélevées, à l’abri des inondations potentielles.
- Niveau de charge optimal : Il est conseillé de maintenir la charge de la batterie en dessous de 30% si le véhicule doit être laissé dans une zone à risque. Une batterie moins chargée contient moins d’énergie susceptible d’alimenter un éventuel incendie.
- Stationnement sécurisé : En cas d’impossibilité d’évacuer le véhicule, il est recommandé de le garer à au moins 15 mètres de toute structure ou autre véhicule, afin de limiter les risques de propagation en cas d’incendie.
- Débranchement impératif : Les véhicules ne doivent en aucun cas rester branchés à une borne de recharge pendant la tempête.
L’après-tempête : une vigilance accrue
Une fois l’ouragan passé, la prudence reste de mise. Les propriétaires de véhicules électriques ayant potentiellement été exposés à l’eau salée doivent suivre ces directives :
- Ne pas tenter de démarrer ou de recharger le véhicule.
- Faire inspecter le véhicule par un professionnel qualifié avant toute utilisation.
- Surveiller attentivement tout signe de dommage : odeurs suspectes, bruits inhabituels, fumée ou étincelles.
- En cas de doute, contacter immédiatement les services d’urgence.
Un défi pour les services de secours
Les incendies de batteries lithium-ion posent des défis particuliers aux pompiers. Ces feux peuvent brûler pendant des heures et nécessitent des quantités d’eau considérables pour être maîtrisés. De plus, ils peuvent se rallumer plusieurs heures après avoir été apparemment éteints.
Face à cette problématique, les services de secours doivent adapter leurs techniques d’intervention. L’utilisation de caméras thermiques pour détecter les points chauds résiduels et l’application stratégique d’eau autour de la batterie pour réduire la chaleur font partie des nouvelles approches développées.
Un enjeu croissant avec l’essor de l’électromobilité
Avec plus de 254 000 véhicules électriques immatriculés en Floride fin 2023, l’ampleur potentielle du problème ne cesse de croître. Cette situation souligne l’importance d’intégrer les spécificités des nouvelles technologies dans nos plans de gestion des catastrophes naturelles.
Albert Gore, directeur exécutif de la Zero Emission Transportation Association, insiste sur la nécessité d’une meilleure information : "Ces tempêtes apportent des risques qui sortent de notre compréhension quotidienne. Avec l’arrivée d’une nouvelle technologie, nous devons diffuser des informations précises aux propriétaires de véhicules électriques sur les risques réels et les mesures à prendre."
Au-delà des véhicules : une problématique plus large
Il est important de noter que ce risque ne se limite pas aux seuls véhicules électriques. Tous les appareils utilisant des batteries lithium-ion, tels que les trottinettes électriques, les vélos à assistance électrique, certains outils électroportatifs ou encore les systèmes de stockage d’énergie solaire, sont potentiellement concernés.
Cette situation met en lumière la nécessité d’une approche globale de la sécurité des technologies émergentes face aux catastrophes naturelles. Elle souligne également l’importance d’une collaboration étroite entre les fabricants, les autorités et les services de secours pour développer des solutions adaptées.
Vers une évolution des normes et des pratiques
L’expérience de l’ouragan Milton et des précédentes catastrophes naturelles pourrait bien conduire à une évolution des normes de conception des véhicules électriques et de leurs batteries. Des recherches sont déjà en cours pour développer des batteries plus résistantes à l'eau et moins sujettes à l’emballement thermique.
Par ailleurs, cette situation pourrait également influencer les politiques d’aménagement urbain et de gestion des risques dans les zones côtières sujettes aux ouragans. La création de zones de stationnement surélevées ou l’intégration de considérations spécifiques aux véhicules électriques dans les plans d’évacuation pourraient devenir des pratiques courantes.
L’ouragan Milton agit comme un révélateur des défis que pose la transition vers l’électromobilité dans un contexte de changement climatique. Il souligne la nécessité d’une approche proactive et adaptative pour garantir la sécurité de ces nouvelles technologies face aux aléas naturels, tout en poursuivant les efforts de réduction de notre empreinte carbone.